CHAPITRE 4 : Alignement Postural et correction

1) Alignement et Neutralité

L’alignement postural, est définit par le positionnement des membres et jointures en position debout. Chaque personne présente un alignement postural qui lui est propre et qui est le reflet d’une part des tensions et ajustements physiques opérés par l’individu, mais aussi de son état psycho-émotionnel (ce versant ne sera pas étudié ici mais a fait l’objet de nombreuses études mettant en corrélation l’attitude physique avec le statut mental et émotionnel).

L’alignement au neutre, a été décrit comme étant le positionnement « idéal» des articulations. C’est la position pour laquelle l’articulation supporte le moins de contraintes mécaniques lorsque l’individu se tient debout. Cette neutralité articulaire (cf. CHAPITRE 1) induit :
- Une charge bien répartie sur l’ensemble de la surface articulaire, ce qui prévient l'atteinte précoce par usure des cartilages.
- Un équilibre musculaire autour de l’articulation

On sait que la plupart de nos jointures sont soumises à différentes forces (muscles, fascias, ligaments) provenant de différentes directions. Et qu’un déséquilibre dans ces forces peut générer une réaction en chaine de compensations et dysfonctionnements :

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Acquérir le positionnement neutre en position érigée, revient à minimiser la pression et la tension musculaire générée par un défaut d’alignement, et par conséquent à optimiser la fonction articulaire et musculaire.

La plupart d’entre nous ne se trouvent pas dans un état « neutre ». Parce que nous avons des activités spécifiques, des corpulences variables, un historique médical caractérisé, le corps de tout un chacun s’organise selon ses propres règles. Et ce qui est notre état à un instant t est la résultante de nos expériences (physiques et émotionnelles) passées. On ne peut pas prétendre « effacer » tout cela et parvenir à un état neutre en un clic. Cependant on peut tendre vers cet état, pour une amélioration de ces capacités physiques et un soulagement de ses douleurs.

A ce propos on me demande souvent que faire si une personne se présente avec un défaut postural non accompagné de plainte douloureuse ou fonctionnelle ? Ma réponse est que j’encourage toujours un travail vers le neutre car d’expérience, les symptômes révélant un déséquilibre, peuvent se montrer « invisibles » dans un premier temps, mais finissent toujours par apparaître.

Réaliser un bilan morpho statique revient à prendre une photographie de l’état général de votre patient/client, et sera très important pour déterminer par la suite ses besoins et limites, et ainsi fixer ses objectifs.

2) Bilan

Pour démarrer mon bilan, je demande généralement à mes patients/clients de décrire leur plainte, leur demande, et leur symptômes physiques s’il en est. Les patients apportent de nombreuses informations à considérer lors du questionnaire initial. Les termes utilisés par ces derniers sont très révélateurs du type de douleurs, problèmes que vous allez être amenés à apprécier.

Dans un second temps je demande a mon patient de se tenir debout dans sa position de confort, lui demandant son ressenti (s’il y a des tensions, comment se trouve t’il équilibré etc.). J’utilise ensuite le miroir pour l’amener à prendre conscience de son alignement dans le plan frontal, horizontal et sagittal.

- Dans le plan frontal (de face), on repèrera : la position des pieds et genoux, l’alignement des hanches, la position du bassin et de la cage thoracique, et enfin des épaules, tête et cou.
- Dans le plan horizontal, le patient se maintiendra de face pour permettre d’évaluer s’il y a des rotations qui ont lieu : au niveau du bassin, de la cage thoracique et éventuellement de la tête.
- Dans le plan sagittal enfin (de profil), l’alignement général sera étudié. Puis de façon plus analytique, on appréciera la position du bassin par rapport aux pieds et de la cage thoracique par rapport au bassin. La position de la tête et du cou sera aussi notée.

Dans cette phase préalable, il ne s’agit que de constater les défauts d’alignement, les tensions musculaires et les mettre en rapport avec ce que le sujet décrit.

A cette étape la, il est encore difficile de donner une explication et faire le lien avec tout ce qui a été constaté. Vous ne pouvez que supposer. Donner un diagnostique trop rapide en prenant le risque de vous tromper, ne rendra pas service à votre patient et ne vous donnera qu’une seule une piste qui pourrait vous limiter dans le processus d’analyse et de réflexion.

Bien entendu, dans le cadre d’une prise en charge clinique, le bilan décrit précédemment, sera accompagné de bilans plus précis en rapport avec la pathologie et les symptômes décrits.

3) Prise de conscience et autocorrection

La prise de conscience de son alignement, de l’état de tension des muscles est une étape indispensable à la compréhension des mécanismes d’équilibration et de compensation qui surviennent dans le corps des patients.
L’alignement postural peut être corrigé activement dans une certaine mesure. Son objectif est, comme vu précédemment, d’optimiser le retour a un état de tension « normal » des tissus, et d’équilibrer les forces autour des articulations. Il peut être difficile en début de traitement de décider par quel segment du corps commencer la correction, car les causes réelles du défaut d’alignement n’ont probablement pas été déterminées. Mais en prenant soin de noter, remarquer de quelle façon votre sujet opère ces changements, vous récolterez des informations quant à son propre schéma de compensations et d’équilibration.

Par la suite, des exercices a visée correctrice seront proposés. Il peut s’agir de : renforcement, assouplissement, ou alors encourager la mobilité ou la stabilité de certains segments. Un bilan postural succinct pourra être effectué en fin de session afin d’évaluer les changements qui ont été réalisés après correction. Ceci vous guidera également dans la stratégie à adopter avec votre client dans les sessions suivantes (quels exercices semblent avoir apporté une amélioration ?). Il est important que vous gardiez tout au long du traitement, l’auto correction en ligne de mire : donc la posture sera toujours surveillée.


Karine Weyland
Masseur-Kinésithérapeute